Se reconstruire après un burn out. 2e partie

http://amzn.to/2fIbdUH

Le bouquin à offrir à son médecin qui vous croit déprimé ou anxio dépressif: non, c’est une maladie en lien avec le travail, un trouble de l’adaptation.Aucune autre sphère de la vie n’est touchée bien que tout le monde veule vous le faire croire. Depuis maintenant 7 mois, j’ai lu et relu tout ce que je trouvais sur le burn-out, cherchant par tous les moyens à réintégrer au plus vite le monde du travail.Ce livre parle de salariés en entreprise. Et nos hôpitaux, et nos soignants? Qu’en est -il?

LES CHEMINS DE LA RÉSILIENCE La méthode de reconstruction ou méthode RPBO

« Dans toutes les existences, on note une date où bifurque la destinée, soit vers la catastrophe, soit vers le succès. » La Rochefoucauld ALLIER LES FORCES DU TEMPS ET LA PROTECTION DE L’ESPACE
Après avoir rencontré des centaines de personnes sur le chemin de la reconstruction, j’ai pu mettre à jour les thèmes récurrents de la reconstruction sur deux axes :

•l’axe du temps,

le temps se structure en trois grandes périodes :
•le passé, l’histoire, les origines, les formations… ;
•le présent, la situation actuelle, le vécu subjectif… ;
•l’avenir, les projets, les ambitions…
Douze positions temporelles
1 Le temps du retrait : ce moment marque le déclic, la première étape qui marque historiquement et officiellement le burn-out par l’arrêt de travail du médecin.
2 Le temps de l’arrêt : cette période marque le début de la réconciliation du temps quantitatif et du temps qualitatif. C’est le début de la valorisation de l’instant présent.
3 Le temps du repos : c’est le temps de pause, le temps-calme, le temps-suspendu.
4 Le temps des ressources à stocker : c’est la période de réapprovisionnement où la personne décrit la façon dont elle refait ses réserves d’énergie, de désir, de projet.
5 Le temps de la réflexion : c’est le temps antérieur à l’action, c’est le temps de l’imaginaire, c’est la sphère des idées.
6 Le temps du désir : c’est le temps du frémissement de l’action, c’est l’action de l’imaginaire, c’est l’envie de faire ou de refaire des activités.
7 Le temps du risque : c’est le temps des enjeux, c’est le rapport entre le désir et ses conséquences, c’est le moment de peser le pour et le contre.
8 Le temps de l’écologie : c’est l’équation entre le désir, le risque et les bénéfices. C’est la recherche du meilleur équilibre.
9 Le temps de l’agir : c’est le moment de l’action. C’est la maturité d’une réflexion couplée à un désir et une mesure des risques et bénéfices.
10 Le temps du pouvoir : c’est la capacité d’action « sur » et « pour » faire les choses.
11 Le temps du vouloir-agir : c’est la volonté d’action et l’envie d’atteindre un but.
12 Le temps du pouvoir-agir : c’est la capacité de la mise en mouvement orientée vers un but.

L’AXE DE L’ESPACE : DES LIEUX À TRAVERSER POUR ORGANISER L’ESPACE DU POSSIBLE

À travers vos récits de vie, on constate que le rapport à l’espace se modifie également. Le burn-out vous amène à occuper des lieux que vous ne faisiez que traverser rapidement lorsque vous travailliez.
LES 9 ESPACES DE RECONSTRUCTION
1. Le lieu du soin : c’est l’espace protecteur, il peut s’agir d’un lieu institutionnel tel que l’hôpital ou le cabinet du médecin.
2. L’espace de convalescence : c’est l’espace privé, l’espace intime en dehors du social, où la personne est encore en passivité face à sa reconstruction.
3. L’aire de repos : c’est l’espace public, l’espace social où la personne retisse ses premières interactions sociales (famille, amis).
4. Le repaire : c’est l’endroit réservé apprécié pour des caractéristiques agréables dans lequel les personnes retrouvent une partie de leur identité.
5. L’aire de réflexion : c’est une étape dans la reconstruction où la personne se pose pour réfléchir à ce qui lui semble essentiel. Cette étape peut être réalisée dans le cabinet d’un consultant en mobilité ou dans un lieu d’échanges et de rencontres professionnelles par exemple salons, forum, colloques…
6. L’aire de projection : c’est l’endroit où le symbolique (l’idée d’action) précède le rationnel (la pragmatique de l’action). C’est l’endroit où la personne se projette dans un futur proche.
7. L’aire d’intégration : c’est l’endroit où s’imbriquent les idées, les actions et leurs combinatoires.
8. L’aire de « jeu » : c’est le lieu où la personne commence à prendre plaisir à agir, à maîtriser, à inventer, à innover, à créer, à ressentir du plaisir.
9. L’ère du « Je » : c’est la dimension d’un espace-temps où la personne s’exprime comme sujet, c’est la renaissance de l’identité professionnelle, l’affirmation de soi.

LA CHRYSALIDE ET LE FIL DE SOI : « LA BELLE OUVRAGE » DU TEMPS ET DE L’ESPACE

Le croisement des deux axes permet de se situer sur le chemin de la résilience professionnelle. Tous les salariés qu’il m’a été donné de rencontrer après leur burn-out sont passés par ces stades, à différentes vitesses et à différentes périodes de leur vie. Ils ont décrit certaines périodes comme ascendantes, d’autres comme stagnantes, mais très peu de retour arrière. Le chemin parcouru n’est plus à faire et donne ce sentiment d’avancer dans le bon sens. Cependant, certaines personnes peuvent vivre et rester bloquées sur des paliers qui durent plusieurs mois, voire plusieurs années et ne jamais monter plus haut.

UN PAS EN ARRIÈRE : SE RETIRER POUR ENVISAGER L’AVENIR D’UN AUTRE POINT DE VUE

Pour mettre à jour votre propre modèle de reconstruction, il va vous falloir explorer dans votre passé professionnel ce qui a pu vous atteindre à ce point, vous déstabiliser au risque de vous sentir profondément remis en cause dans votre équilibre personnel.

Choc

… Il est très complexe d’identifier le point de bascule du burn-out. Souvent les personnes de votre entourage chercheront à savoir quel est l’événement responsable. Cet automatisme à toujours vouloir rechercher un coupable ne résout pas le problème, mais aide les autres à se déculpabiliser de leurs éventuelles responsabilités.

…et ondes de chocs

La reconstruction d’un individu est conditionnée par le respect de la singularité de ses identités et n’est aujourd’hui possible que dans certains espaces/environnements. L’environnement socioéconomique contraint également tous les acteurs (médecin du travail, psychologue, assistante sociale…) susceptibles de venir aider/soutenir/accompagner les salariés en burn-out, ces acteurs se retrouvent donc paralysés par la logique gestionnaire.

UN PAS DE CÔTÉ : RÉAPPRENDRE LE TEMPS

Autant la notion du temps en entreprise (et dans le monde du travail en général) est associée à la notion d’urgence, autant cette même notion dans le monde du « post burn-out » est associée à la notion de lenteur. Dans ce paradoxe sont contenus le germe et l’antidote à votre burn-out :
•plus vous avez été vite à vous consumer, plus vous remonterez vite ;
•plus vous avez été endurant et résistant au feu insidieux qui s’est installé en vous et contre lequel vous avez lutté longtemps, plus votre reconstruction prendra du temps elle aussi.
l’après burn-out distend le lien social au profit d’un recentrage sur un environnement plus restreint, mais qualitativement mieux vécu car ressourçant. Le rapport à soi (du temps pour soi) reprend de l’importance au détriment du rapport à l’autre (du temps pour l’autre). Ce temps se vit d’autant mieux qu’il n’a plus de frontière (on a le temps désormais) et que les objectifs ne sont plus tournés vers les résultats, mais vers les moyens que l’on se donne et du temps que l’on s’accorde. La façon dont les choses se font est désormais aussi importante que la réussite en elle-même. Le rapport à l’action est soutenu par un soutien plus important des valeurs (la famille, les amis proches, la liberté de prendre son temps…). La motivation et l’énergie trouvent racine dans un ancrage du temps plus long, plus profond, plus lent.
Le rapport à l’argent est aussi revu en fonction du retour sur investissement.

UN ESPACE PROTÉGÉ POUR SOI

Avoir un endroit protégé (au niveau individuel) où se retirer après un burn-out est une condition essentielle à la reconstruction.
Vous connaissez certainement ce dicton qui dit que la nature a horreur du vide ? Et bien dans le vécu du burn-out, c’est exactement ce que les victimes disent ressentir. Ce vide qui s’impose après trop de travail, trop d’émotions ou trop de retenue est douloureux. Mais comment le vide peut-il faire souffrir ? Comment le rien peut-il questionner à ce point ?
Mais que se passe-t-il dans la tête d’un gaillard de 90 kilos comme Michel ? Tout simplement : le doute, la peur de ne plus être à la hauteur, la peur d’être mal jugé, d’être méjugé, incompris, non entendu et pire de ne recevoir que de l’indifférence durant ce tsunami qui les traverse et dans lequel personne n’entend son appel au secours ? L’attente, le lâcher-prise sont les défis de ces moments qu’il leur faudra traverser sans pouvoir se défendre. L’équation est terrifiante : doute + peur + attente = vide. Que faire pour ne plus ressentir ce doute, que faire pour ne plus être envahi par la peur, que faire pour que ce temps d’attente passe plus vite ? Que faire pour traverser ce vide ? Tous ces éléments qui sont très personnels et intimes ne s’exprimeront pas avec des mots, mais des sensations, des émotions, des sentiments, des manifestations physiques et biologiques.

Vous atteignez les positions une par une, mais chacune nécessite un temps qui n’est pas identique pour tout le monde. Ce temps de récupération dépend :
•de vos ressources (biologiques, physiques, psychiques, émotionnelles) ;
•de votre vécu (faits, opinions, ressentis, durée, fréquence) ; •de votre sentiment (frustration, colère, tristesse, désillusion…) ;
•… mais surtout du contexte !
Votre burn-out n’est pas une conséquence prédestinée de votre nature (caractère, tempérament, personnalité), il est le précipité, le condensé d’un contexte inapproprié sur fond de déni organisationnel ou de non-assistance à personne en danger.

SE RECONSTRUIRE

Les étapes à travers le temps et l’espace « Ce n’est pas assez de faire des pas qui doivent un jour conduire au but, chaque pas doit être lui-même un but en même temps qu’il nous porte en avant. » Goethe

SE RECONSTRUIRE EN PRENANT APPUI

La reconstruction se fait idéalement sur trois niveaux :
•Au niveau individuel à l’aide de vos qualifications, de vos compétences, de vos valeurs, du plaisir à exercer un métier, le tout contribuant à un certain épanouissement.
•Au niveau collectif à l’aide du soutien de certaines personnes dans l’entreprise qui vont vous aider à compléter vos ressources individuelles. Il peut s’agir d’un soutien dans l’exécution d’une tâche ou dans le renfort d’une équipe sur un de vos projets pour faire en sorte que vous ne vous retrouviez plus seul(e) face à ces difficultés dans votre travail. •Au niveau organisationnel à l’aide d’une réflexion plus préventive que curative sur les événements liés à votre burn-out. Les entreprises doivent aussi apprendre à protéger leurs ressources

LE MAILLAGE DE SOI, LE FIL DE SOI

Cependant, peu d’entreprises à l’heure actuelle sont prêtes à se remettre réellement en question et à replacer l’individu au coeur de la performance, malgré les analyses en contrôle de gestion sociale qui mettent à jour les coûts cachés des risques psychosociaux dont le burn-out fait partie, comme l’absentéisme, le manque de motivation, voire le présentéisme. Comme nous l’avons vu précédemment, le travail est un lieu de socialisation, où l’individu est censé s’épanouir. Or, il apparaît que, pour beaucoup de salariés, ceci ne soit plus vrai. L’enjeu après un burn-out, un épuisement professionnel ou une décompensation professionnelle, est de reprendre le contrôle de soi à travers l’espace et le temps pour se reconstruire, redonner une cohérence et réaffirmer son identité professionnelle dans une organisation de travail qui gagnerait à optimiser dans l’innovation de ses pratiques RH et managériales.

LA REDÉCOUVERTE DE SOI / DE SON IDENTITÉ

Se remettre d’un burn-out pour les victimes, c’est redécouvrir avec pudeur qui elles sont. Toutes les phrases commencent alors par « je » et rythment ce changement par rapport à la passivité précédente de la prise en charge. La reconstruction commence tout doucement. Lentement, ça y est, c’est parti. Le chemin va être long, mais le mouvement est en marche et c’est un moment de grand espoir pour qui sait le capter et en mesurer la substantifique essence qu’il porte en germe pour le futur.
La demande d’autorisation du dépôt de son masque social : accès au monde pudique, intime

Un sens, des sens, l’essence

La redécouverte de soi après un burn-out s’englobe dans un univers évoquant la sensorialité. Les cinq sens sont toujours évoqués à un moment ou à un autre dans l’entretien de reconstruction, mais toujours après la dépose du masque social. Derrière, se trouve l’intime, ce qu’on ne peut pas dévoiler à tout le monde, mais existe bel et bien comme la face immergée de l’iceberg. Le plus cité pour les femmes est le sens du toucher (elles évoquent souvent les massages, les bienfaits du hammam, de la piscine ou du jardinage, les mains enfouies dans la terre…). Les mains de l’autre par le biais du toucher, réactivent quelque chose chez l’épuisée du travail. Cette réactivation se retrouve aussi dans les exemples de Claire qui nous parle de son jardinage et de son « corps-à-corps avec ses foutues platebandes » . Pour les hommes, les sens les plus évoqués ont été l’ouïe (avec la musique) et l’odorat et le goût…

L’ESPACE QUI RÉPARE : « SELF CARE » ET « REPAIR »

Les victimes arrivent dans leur « aire de réserve » où le temps est dédié à la remise en forme, au réapprovisionnement de leurs ressources. Cette aire se situe au croisement de la position temporelle 4 (« le restockage ») et du jalon-espace 4 (« l’endroit réservé, le repère »). C’est l’espace-temps idéal pour commencer à faire le point car elles commencent à reprendre leurs esprits, mais elles sont encore à surveiller et il ne s’agit pas de griller dès à présent les quelques ressources qu’elles sont en train de récupérer. Tel un téléphone portable qui serait déchargé, il faut attendre un peu avant qu’il ne puisse émettre un nouvel appel. Vous pourrez toujours appeler avec votre téléphone branché sur batterie, mais vous ralentissez l’accumulation d’énergie. À vous de voir. L’expérience d’un burn-out fait ressortir le bon sens oublié par le désir d’aller toujours plus vite, plus haut, plus loin. Ce n’est pas possible tout le temps : il va falloir l’intégrer.
C’est la bienveillance envers vous qui commence. C’est bon signe. C’est votre « self care » et votre « repair » qui s’expriment. Tout d’abord le « self care » est cette bienveillance envers vousmême qui est suivie de la prise de conscience qu’il ne tient qu’à vous pour vous en sortir.
Ensuite, le « repair », c’est cette notion de réparation qui apparaît lorsque vous prenez conscience des risques, des dégâts et des conséquences fâcheuses.

Les espaces du « self care » et du « repair » sont des espaces de confidentialité dans lesquels les sphères intime et familiale sont concernées directement et souvent appelées en urgence. Ce sont des espaces de prise en charge vers un nouvel espace sans collectif, sans représentation sociale, temporaire et à distance du travail et de la scène. C’est exactement ce qu’il vous faut à ce moment.

Cette aire et ce repaire peuvent aussi être un lieu de rencontre pour retisser doucement des liens de sociabilité à son rythme. Ces lieux ne sont pas fermés à autrui, au contraire, petit à petit, ils s’ouvrent aux autres.

La portée de l’imaginaire dans la reconstruction passe par l’affirmation des valeurs, véritables moteurs intrinsèques lorsqu’ils sont mis en action. Les mots clés cités sont : liberté, reconnexion, découverte, nouveauté, distance, ouverture, voyage, décalage, art, rêve, nature, grands espaces, calme, recul, simplicité, essentiel…

LE CORPS QUI SE RECHARGE

Ce n’est pas uniquement votre cerveau qui va au travail, c’est aussi votre corps. Les témoignages des victimes de burn-out n’en parlent pas au début, mais celles qui s’en sont remises l’évoquent comme un agent actif à part entière dans leur reconstruction. Tous sans exception, hommes et femmes, ont évoqué leur rapport au corps durant la période de reconstruction spontanément sans qu’aucune question ne leur soit posée.
Tous les témoignages évoquent dans un premier temps le « corps gisant », avec le retrait, la chute, l’évaporation de leurs forces physiques brusquement lors du burn-out .

Dans un deuxième temps de votre reconstruction verra se mettre en route le « corps pensant » : il ressasse ce qui s’est passé dans le but de comprendre ce qui s’est agit en lui et cherche à reprendre ses droits.
Le « corps agissant » Quant à Franck et Céline, ce sont plutôt les petits plaisirs de la vie qui les ont remis sur pied : « J’allais me faire un bon gueuleton pour supporter le quotidien » (Franck) ; « Je me suis mise à apprécier les mets délicats en cuisine, je ne mangeais plus à toute vitesse un sandwich sur le bureau… devant l’ordi » (Céline). Mireille, Sophiane et Tina assistent malgré elle à la prise ou à la perte de poids : « Comme je me déplaçais moins, je grignotais et j’ai grossi, je n’étais plus par monts et par vaux, j’étais devenue sédentaire, alors bonjour la prise de poids… » (Mireille ) ; « Je me suis fait du lard ! » (Sophiane ). « Je prenais enfin le temps de manger, tout simplement et je continuais à perdre du poids à cause du stress que je purgeais des semaines encore après.» (Tina).
Dans les témoignages des victimes ressort très nettement cette intelligence du corps qui cherche une solution pour son propriétaire fatigué. Votre corps après un burn-out ne se laisse plus atteindre.
Au final, votre corps fait partie au même titre que les autres éléments d’un facteur de reconstruction. L’attention au corps ne se porte pas uniquement dans le cas de la maladie ou du bien- être. Elle est présente à chaque instant dans votre reconstruction. Quand on parle de communication, de rapport à autrui, de rapport
homme-femme, de rapport à l’espace-temps, le corps est toujours engagé et participe à la construction du sens de vos comportements dans la vie de tous les jours. Il en est l’ambassadeur et l’éminence grise.

LE TEMPS DU RETOUR

Remonter sur scène en se protégeant « Malheur à l’homme qui une fois dans sa vie n’a pas tout remis en question. » Blaise Pascal

LE TEMPS D’Y PENSER

L’aire de projection « C’est le désir qui crée le désirable, et le projet qui pose la fin. » Simone de Beauvoir

À CE STADE, LES VICTIMES ont envie de retrouver une activité sociale ou de reprendre le travail. Si c’est votre cas, c’est que la mise à l’écart des mois derniers vous a été bénéfique. Chacun récupère à sa façon et surtout à son rythme.
Néanmoins on peut dire que la durée optimale est celle qui vous aura permis de :
•récupérer de l’énergie physique (sommeil, repos…) ;
•retrouver une majeure partie vos ressources physiques, cognitives et intellectuelles (capacité de réflexion, d’argumentation, d’objectivation…) ;
•stabiliser votre humeur (émotions neutres ou positives). Cette projection dans un futur que vous commencez à entrevoir prudemment est possible à ce stade de votre lecture, car nous avons vu ensemble comment :
•identifier les origines de votre burn-out ;
•identifier les contextes risqués/inappropriés pour vous ;
•identifier vos axes de vigilances ; Vous êtes maintenant en mesure :
•de découvrir vos valeurs cachées derrière vos besoins bafoués ;
•d’explorer de nouvelles possibilités ou forme d’emploi ;
•d’envisager de travailler autrement. Il s’agit donc, à ce jalon de reconstruction, de protéger vos acquis et de les renforcer. Ce chapitre conditionne la réussite de votre reconstruction en vous invitant à réfléchir comment : •rester vigilant,
•affirmer vos besoins essentiels,
•réfléchir à votre futur « mode d’emploi ». Ces trois objectifs sont les conditions de réussite de l’étape suivante.

RESTER VIGILANT

Le burn-out n’est pas une fatalité, mais il peut le devenir si vous ne faites pas attention à vos modes de fonctionnement, ni aux contextes dans lesquels vous vous engagez.

La crainte en sourdine

La crainte que vos efforts pour vous en sortir ne soient réduits à néant par un nouvel événement est quelque chose que vous devrez toujours garder en tête. Non pas pour vous faire peur, mais par ce que la fonction de ce souvenir est protectrice.
L’autre fonction de cette crainte est de continuer à vous faire douter, pour rester vigilants pour vous, mais aussi pour veiller à ce que votre entourage personnel et professionnel ne tombe pas dans les mêmes travers. Votre expérience peut servir maintenant à d’autres. Vous avez un rôle de préventeur pour vous-même que vous pouvez aussi étendre à d’autres.

L’importance des limites et des frontières

Le doute, la colère et la peur ne sont pas des émotions néfastes, au contraire, elles jouent un rôle indispensable d’alerte et de protection. Elles sont présentes pour défendre une partie de votre territoire personnel et professionnel que vous êtes en train de (re)délimiter
Écoutez-les donc à bon escient Leurs objectifs respectifs sont les mêmes : vous protéger et vous préserver !
La nécessité de réinstaurer un cadre de travail post burn-out, passe premièrement par une décision de révision de vos priorités, de vos enjeux, de vos habitudes et dans un deuxième temps par l’affirmation de cette décision. On pourrait en évoquer une troisième qui pourrait être celle de la persévérance à tenir ses engagements dans le temps.

AFFIRMER SES BESOINS ESSENTIELS

Savoir où sont ses limites est une preuve d’intelligence de soi. Savoir défendre ses limites est une preuve d’affirmation de soi. C’est grâce à elles que l’estime de soi se renforce.
Les limites, les états d’alerte sont autant de signaux à prendre en compte désormais autour des nouveaux enjeux qui sont les vôtres : réussir votre résilience et ne jamais rechuter.
Oser dire non, l’effort permanent
La reconstruction est basée sur deux logiques de dynamique opposée.
La première est une logique de rupture. L’honneur est atteint et vous savez que plus rien ne sera comme avant La seconde est une logique d’effort. Les victimes qui s’en sont sorties ont toutes évoqué leurs difficultés d’endurance et ont toutes pensé à un moment ou à un autre à renoncer, malgré leur volonté de récupérer.
Quand cette fatigue ne diminue pas, c’est qu’il y a autre chose de touché. C’est la fatigue du soi. C’est le soi saturé. C’est le fameux chagrin d’honneur.
S’il dure très longtemps, c’est la signification que la personne a été atteinte dans ses valeurs les plus ancrées, celles qui ont jusqu’à présent fait sa personnalité, son caractère, son tempérament. C’était là son atout, sa différence, son unicité dans le monde social. C’était ce pour quoi elle était reconnue en tant que personne et appréciée pour ce qu’elle pouvait faire soutenue par celles-ci. Ce diagnostic n’est pas facile à faire pour les professionnels. Vous n’êtes peut être pas encore apte. « Ce n’est plus le même depuis sont burn-out », diront certains. « Il a changé depuis », diront d’autres. Et ils auront raison. Vous avez aussi ce sentiment et vous avez du malà vous reconnaître, vous le business man, vous la wonder woman. En fait, rassurez-vous, c’est votre regard sur les choses qui a changé, c’est aussi votre façon de les appréhender qui évolue, qui s’affine. Et c’est tant mieux. Mais ce nouveau regard sur les choses, cette lucidité diront les victimes qui s’en sont remises a un prix : celui de l’endurance, de l’effort, des doutes… à vie. En effet, désormais pour vous, les enjeux sont devant. La lutte pour votre reconstruction va commencer et les chemins de la résilience ne sont pas uniques, mais multicanaux. Vous allez découvrir qu’il vous faudra un certain temps pour arriver à destination. Vous n’avez pas tous les mêmes moteurs, vous n’avez pas tous été livrés pareils ! Les règles du jeu ne sont pas connues, car c’est vous qui les créerez en chemin. Cependant une règle est commune à tous les rescapés : savoir dire non.
Le mot « oser » devant la négation est important à souligner, car il ne va de soi, c’est une audace que vous allez devoir vous autoriser petit à petit.

TROUVER DE NOUVEAUX MODES D’EMPLOI

La fin de la plainte

L’arrêt de la plainte est une action. Une action difficile même. Vous constaterez autour de vous que certains n’y arrivent pas et ne savent pas arrêter la plainte que leurs lamentations nourrissent avant de déborder en direction d’une oreille compatissante. Ce type de communication ou de personnes est à bannir de votre entourage le temps de votre reconstruction ! Vous avez suffisamment à faire vous-même et votre propre plainte.
L’arrêt de votre plainte démontre que vous entrez dans la phase suivante : celle de l’attente. Cette phase est une période de latence, une sorte de palier où vous risquez d’avoir l’impression qu’il ne se passe rien, que rien n’avance. Détrompez-vous, c’est tout le contraire.

La peur du changement

Changer, c’est aussi perdre la maîtrise sans aucune garantie de la stabilité des nouveaux repères. Accepter le changement, c’est accepter qu’il soit permanent, que plus rien ne soit figé. Changer pour vous après votre burn-out, sera donc de vous laisser porter, accompagner dans une mobilité professionnelle sans relâche. Sécuriser sa reconstruction sécurise votre parcours. L’un se nourrit de l’autre.

Nouveaux modes d’emploi : la centralité du travail dans votre vie

Vous êtes maintenant prêt à mettre en place un nouveau rapport à votre travail. Celui-ci est toujours primordial à vos yeux, sa finalité dans votre vie est toujours importante, mais sa place va radicalement changer.

RÉÉCRIRE LE SCÉNARIO POUR ÉVITER LA RECHUTE

Une nouvelle équation dans votre vie « Il existe une race de gens qui, au lieu d’accepter une place que leur offrait le monde, ont voulu s’en faire une tout seul, à coup d’audace ou de talent. » Jules Vallès

LA MÉMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE

Panser le passé pour …penser au futur
Se remémorer le passé n’est pas sans conséquence. S’intéresser à la reconstruction post-burn-out nécessite de se remémorer les souvenirs des circonstances du burn-out aux conséquences plus ou moins graves suscitant une forte émotion. Ces souvenirs fonctionnent comme un flash qui contient toutes les informations, lieux, personnes, état émotionnel… Ainsi l’encodage de l’information liée à votre burn-out vous amène aussi à encoder les éléments du contexte. . Ainsi constituée, comme un catalogue de faits, votre mémoire du jour de votre burn-out est susceptible d’affecter plusieurs de vos activités cognitives telles que :
•la compréhension du discours,
•l’apprentissage,
•la résolution de problèmes,
•la prise de décisions,
•la formation d’opinions.
Or, toutes ces facultés cognitives sont requises pour votre reconstruction et pour vous projeter de nouveau vers un avenir professionnel.
Ainsi encoder votre souvenir du burn-out se fait en parallèle d’un nouvel encodage personnel, c’est-à-dire que votre mémoire et les souvenirs que vous gardez de cette période de votre vie s’inscrira dans votre mémoire autobiographique et structurera votre CV et votre carrière.

C’est un stress post-traumatique.
L’écologie signifie la recherche d’équilibre dans un ensemble. Je me place dans une perspective systémique et dynamique en considérant que la personne forme un tout cohérent différent de la somme des parties.
Suite à votre burn-out, vous vous apprêtez à changer des éléments de votre vie, ce qui va faire bouger l’ensemble de votre environnement (psychologique, familial, professionnel, etc.).

LE DÉSIR DE TRAVAIL

Pourquoi est-ce que je travaille ?
Que ce soit pour subvenir aux besoins de notre famille, gagner notre vie, avoir un statut social, exercer ses compétences, être reconnu, se réaliser, se sentir utile à la société, c’est ce questionnement fondamental qui est au coeur de votre reconstruction.
Cette théorie permet de penser que ce qui nous fait aller quotidiennement au travail n’est autre que le Désir avec un grand D, comme quelque chose de manquant à l’Homme et qui l’inciterait à faire quelque chose de son existence.
« Pourquoi je travaille ? » (cause introjectée), il faut chercher à répondre pour quoi je travaille ? » (cause projetée), « vers quoi » je vais en recherchant un nouveau travail.

Les scénarios de ceux qui s’en sont sortis

Parmi les rescapés du burn-out, certains ont décidé de modifier totalement leur vie et leur rapport au travail. Bien que les revues sur le changement de vie et les possibilités de réaliser ses rêves abondent, le principe de réalité existera toujours et mieux vaut en tenir compte avant de décider de monter un projet de chambre d’hôtes, de créer son activité pensant que l’on sera plus indépendant ou encore de partir vivre à la campagne à 1 h 45 de son lieu de travail. Même si certains le font et réussissent (une petite minorité), combien reviennent sur leur choix au bout de quelques mois, années ? En effet, combien supportent une baisse de revenus de plus de 50 % pour changer de vie ? Combien supportent les retards quasi quotidiens ou les grèves sur leur ligne de train parce qu’ils ont fait le choix de vivre à la campagne ? C’est pour cette raison que les centres de bilans de compétences insistent sur l’enquête métier, cette partie qui consiste à aller à la rencontre de personnes exerçant le métier de vos rêves pour enquêter sur les réalités et ses contraintes. Précisons que 8 fois sur 10, la personne ne changera guère de situation. En revanche, elle adaptera sa façon de travailler à ses compétences, et surtout à ses besoins, ses motivations, ses intérêts et ses valeurs. Tout ce qui fait effectivement sens pour elle. Le sens au travail, c’est souvent du bon sens tout simplement. Encore faut-il oser se l’avouer.

Les « Artistes… incompris »

Avant leur burn-out, ils étaient des profils enthousiastes et optimistes dans leur façon d’appréhender leur travail et la vie en général. La sphère professionnelle et la sphère privée étaient totalement mélangées et ces personnes se décrivaient comme entières, les mêmes dans leur vie que dans leur travail. Toujours en recherche d’harmonie entre ce qu’elles pensent et ce qu’elles font, elles cherchent à vivre leurs valeurs personnelles dans leur quotidien de travail et à faire vivre ces valeurs dans leurs échanges avec autrui. Après leur burn-out, leur rapport au temps les a amenées à tirer un trait sur le passé définitivement et à se projeter dans un avenir qu’elles espèrent, mais ont du mal à concrétiser encore après quelques années. Leur rapport au travail a totalement été bouleversé et des repères nouveaux ont été créés. L’espace de leur nouvelle trajectoire professionnelle est un terrain de jeu pour elles : elles lancent plusieurs idées et suivent plusieurs pistes en parallèle. Leur rapport à autrui est ambigu car elles rejettent le système professionnel d’origine pour en sortir, puis éprouvent des difficultés à trouver leur nouvelle famille professionnelle. Elles disent souvent éprouver du rejet social du fait de leur choix de vie et restent en quête d’admiration narcissique plusieurs mois, voire plusieurs années après leur burn-out. Les mots clés qui les caractérisent sont : « Créativité », « Empathie », « Bien-être ». Leur slogan pourrait être : « J’ai une oeuvre à accomplir dans ma vie, mais les autres ne comprennent pas mes choix de vie… ».

Les « Ambitieux… désenchantés »

Ils étaient des profils sérieusement impliqués dans leur rôle professionnel et dans leur façon d’appréhender les valeurs personnelles en général. Contrairement aux « Artistes… incompris », la sphère professionnelle et la sphère privée sont devenues totalement étanches et clivées. En recherche de cohérence entre leurs ambitions et leurs compétences, ces personnes cherchent à vivre leurs valeurs personnelles dans leur quotidien de travail et tiennent à ce que les autres les respectent ou les portent également en étendard. Elles étaient très exigeantes envers elles-mêmes et envers autrui. Leur rapport au temps s’est teinté d’un douloureux passé qui les interpellent encore dans leur quotidien notamment dans les choix et les renoncements qu’elles doivent faire. Leur rapport au travail se modifie avec la mise en place d’un système de vigilance visant à protéger leur environnement personnel auquel elles décident d’octroyer désormais davantage, au détriment de leur carrière ou ambitions professionnelles auxquelles elles tenaient pourtant fièrement avant le burn-out. Leur rapport à l’espace et aux trajectoires professionnelles les amènent à se recentrer professionnellement en trouvant de nouveaux repaires et pairs professionnels. Le spectre de leur rapport à autrui s’est rétréci, elles se préservent dans leur relation et dans leur tendance à donner plus que ce qu’on leur demande. Leur rapport à la hiérarchie reste exigeant en matière de compétences. Les mots clés qui les caractérisent sont : « Réalisme », « Pragmatisme », « Remise en question ». Leur slogan pourrait être : « Désormais, pour vivre heureux, recentrons nous sur l’essentiel et ne nous exposons plus… »

Les « Funambules en équilibre »

Ils sont assez proches des « Ambitieux », mais ne sont pas «… désenchantés ». Ils étaient également très impliqués dans leur rôle professionnel et dépendant des autres (de leurs clients, de leurs patients, de leurs collaborateurs…). Leur burn-out est encore frais dans leur histoire de vie (moins de 3 ans). Comme pour les « Artistes… incompris », la sphère professionnelle et la sphère privée étaient totalement mélangées (ils trouvaient normal de recevoir leurs appels professionnels sur leur téléphone personnel ou de lire leurs mails de bureau depuis chez eux, le week-end, le soir par exemple…). Le danger est qu’ils continuent après leur burn-out à travailler de façon quasi identique. Ces personnes ne « débranchent » jamais, elles sont toujours disponibles et en alerte et se décrivent comme attachées à la notion de service. On pourrait penser qu’elles travaillent dans les secteurs des urgences de la justice ou de la défense mais il n’en est secteurs des urgences de la justice ou de la défense mais il n’en est rien. Contrairement aux « Ambitieux… désenchantés », elles n’ont pas forcément d’ambitions et sont plutôt terre-à-terre, conventionnelles et pragmatiques. Leur rapport au temps, n’est pas posé ni séquentiel, tout s’imbrique et s’enchaîne, comme leurs relations et leurs dossiers en attente. Leur rapport au travail n’est pas pensé non plus, elles disent ne pas en avoir le temps, ce qui fait qu’elles vivent très mal l’arrêt de travail, celui-ci leur laissant un gouffre de questionnement en suspens qu’elles ne prenaient pas le temps de voir. Elles retournent en général assez vite au travail. Leur rapport à l’espace de travail n’est fait que de déplacements ou d’enchaînements de missions ou services et leurs trajectoires professionnelles restent aussi impensées. Leur rapport à autrui est imprégné de notion de service, de devoir et de responsabilités. Leur rapport à la hiérarchie n’existe pas : elles se sentent toutes indépendantes dans l’âme et sont souvent des créateurs d’entreprises ou des libéraux. Les mots clés qui les caractérisent sont : « Devoir », « Activisme », « Obligations ». Leur slogan pourrait être : « Je n’ai pas le choix ! Si je ne le fais pas, personne d’autre ne le fera, alors je vais le faire ! »

RÉÉCRIRE LE SCÉNARIO

Il est temps de mettre en place la rampe de lancement, mais aussi les grilles qui assureront votre sécurité. Vous êtes le mieux placé pour savoir ce qui vous convient. Pour construire un idéal type, vous aurez besoin de réfléchir en 4 dimensions.

Le rapport au temps

L’exploration de l’axe du temps permet de voir où vous vous situiez sur l’échelle de votre reconstruction. À travers votre histoire, il s’agit donc tout d’abord de rassembler les éléments importants de votre :
•passé,
•présent,
•avenir.

Le rapport à l’espace

Il vous permettra d’installer des ancrages essentiels, des piliers forts soutenant votre reconstruction. Vous allez donc chercher à rassembler les éléments concernant les lieux et les trajectoires professionnelles rencontrés : •identifiez les endroits protecteurs
•réfléchissez aux évolutions et trajectoires professionnelles souhaitées
•vérifiez si celles-ci pourraient être entachées ou non par votre épisode d’épuisement professionnel vécu.

Le rapport au travail

Vous allez donc veiller à rassembler les éléments concernant :
•l’entreprise, les activités qui évoquent pour vous intérêt ou motivation
•les missions (chercher le sens dans l’activité et les conditions de travail dans l’entreprise) ;
•vos qualifications (pour aborder vos compétences, vos aptitudes et vos caractéristiques professionnelles).

Le rapport aux autres.

Vous allez donc chercher à rassembler les éléments concernant :
•votre hiérarchie, vos collègues de travail, votre entourage social et familial (pour comprendre vos réactions quant aux représentations du pouvoir, de l’autonomie et des zones de doutes) ;
•vos collègues de travail (pour anticiper votre réintégration dans le groupe de pairs) ;
•votre entourage social et familial (pour comprendre comment vous pourrez protéger votre univers privé de votre univers professionnel et comment celui-ci va participer éventuellement à votre reconstruction).

NE PAS OUBLIER POUR SE PROTÉGER

Prévenir les rechutes « Nous entrons dans l’avenir à reculons. » Paul Valéry

TROUVER UN NOUVEL ÉQUILIBRE

Préférer un résultat à court terme (trouver un nouveau poste) évite la frustration (subir) et ce choix n’est pas à remettre en question car il apporte des satisfactions immédiates qui correspondent à un besoin intérieur (reconnaissance sociale et sécurité financière). Bien qu’il comporte des risques et des conséquences à long terme (nouveau burn-out), ce choix à court terme est fondamental pour la personne à cet instant précis. Elle y trouve son compte et ne pourra envisager d’autres solutions qu’à condition que la future satisfaction escomptée soit comparable ou égale à celle qu’elle trouve à court terme.

La résistance à la frustration n’est pas la même chez tout le monde et ce depuis que nous sommes tout petit !

Il est donc possible que vous adoptiez parfois un comportement qui, malgré ses conséquences négatives, réponde à une autre attente et satisfasse un autre besoin, généralement non dit ou inconscient pour l’instant. Ce n’est pas dramatique. Cependant, si le burn-out est arrivé dans votre vie, c’est que votre « écologie » globale n’a pas été respectée fondamentalement. Ce trouble de l’adaptation, cette rupture éco-psycho-sociologique démontre qu’il y a eu disjonction entre votre mental et votre physique à un moment donné de votre vie.
Le respect de vous-même, c’est-à-dire de votre écologie interne est essentiel désormais pour vous qui entrez en période post-burnout. C’est la seule condition de réussite de votre reconstruction. Respectez-là, respectez-vous. Pour vérifier que vos nouveaux repères sont en congruence et en harmonie avec votre écologie, je vous invite à réfléchir aux questions suivantes :
•Que va-t-il se passer lorsque vous allez mettre en oeuvre vos décisions concrètement ? Par exemple, le temps partiel va baisser votre rémunération, y êtes-vous prêt ?
•En quoi l’action de cette nouvelle décision va-t-elle affecter l’ensemble de votre écologie ? Par exemple, la baisse de rémunérationva impacter les loisirs des membres de la famille toute entière, sont-ils prêts à le comprendre ? Votre reconstruction post burn-out passe par l’équilibre de votre écologie interne.

Post burn-out + Besoins + Valeurs + Ambition /Nouveaux repères + Moyens + Enjeux = Votre Écologie

RÉSOUDRE VOTRE ÉQUATION

Quatre principes de bases pour le nouvel équilibre
1. Votre équation doit correspondre parfaitement à votre tempérament et votre personnalité.
2. Votre équation doit répondre et correspondre à vos aspirations profondes.
3. Votre équation doit prendre en compte votre environnement, car si vous changez quelque chose, votre environnement humain (collègue, manager, famille, enfants) va devoir aussi s’adapter.
4. Votre équation peut être tout à fait bénéfique pour vous, mais désavantageuse pour les personnes qui vous entourent (exemple : baisse de salaire si temps partiel ou augmentation des tâches ménagères pour le conjoint si vous décidez de reprendre vos études le week-end).
Décider, c’est : 10 actions !

1. Réfléchir à ce qu’on veut.
2. Vérifier si ce qu’on veut est écologique pour soi.
3. Annoncer sa décision aux autres.
4. Affronter les projections des autres (es-tu sûr ? si j’étais toi…).
5. Expliquer ses choix et tenir l’argumentation.
6. Assumer ses responsabilités.
7. Mettre en oeuvre concrètement vos décisions sans renoncer.
8. Réguler les conflits collatéraux diplomatiquement.
9. S’attendre à ce que l’écologie des autres soit bousculée.
10. Récolter les premiers bénéfices dans quelque temps.

VOS COMPÉTENCES SONT DES PÉPITES

Si vous êtes tombé, c’est parce que vous vouliez aller jusqu’au bout, parce que vous saviez que vous aviez les compétences. Ces dernières sont toujours là, mais le contexte de ce que vous avez vécu vous fait douter qu’elles soient encore là. Ne doutez pas, elles ne se sont pas évaporées. Vos compétences sont un trésor que vous allez désormais jalousement garder, protéger contre l’envahisseur !

S’ÉCOUTER À VIE

Parmi les personnes que nous avons rencontrées depuis 7 ans, quasiment toutes évoquent cette impression d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête, sauf les « Funambules en équilibre » qui ne s’arrêtent pas de peur de tomber. N’oublions pas que le monde du travail reste un espace de construction sociale et d’interactions nécessaires à notre santé mentale pour qui sait l’appréhender avec bon sens. C’est seulement le bon sens qui fait défaut.

Bien qu’un demandeur d’emploi et un épuisé souffrent tous les deux à cause du travail, chacun n’exprime pas la même solitude, ni les mêmes conséquences. Si les deux situations sont douloureuses parfois à l’extrême, travailler reste une activité sociale nécessaire à notre survie. La solitude et la précarité du demandeur d’emploi est plus difficile à vaincre socialement et les dépressions graves ou les passages à l’acte quand ils surviennent sur le lieu de travail sont souvent plus médiatisés dans les rubriques économie ou syndicale alors que la souffrance des demandeurs d’emploi passe dans la triste rubrique des faits divers. Laquelle lisons-nous en premier ? C’est la triste société du spectacle. Ce n’est pas une raison pour baisser les bras.

GARDEZ VOTRE CAP

Il vous incombe maintenant que vous avez connu un épisode d’épuisement de garder votre cap et mener votre barque contre vents et marées et d’aider les autres si vous le pouvez :
•Vos compétences-trésor sont embarquées.
•Votre écologie est rééquilibrée.
•Votre entourage est au courant de ce qu’il vous est arrivé, tout le monde est concerné désormais.
•Vous n’êtes plus seul, mais vous avez des responsabilités envers vous-même.
•Vous avez un devoir d’alerter si nécessaire.

Pour résumer les différentes dynamiques de reconstruction que j’ai pu repérer, ce schéma repose sur la métaphore de l’iceberg avec :
•un espace visible (l’espace social),
•un espace moins visible (l’espace intime).
Nous avons vu également que les risques de rechutes pouvaient avoir lieu lors du temps de l’agir personnel. C’est le moment où vous vous apprêtez à sortir de votre sphère intime pour réapparaître au grand jour dans la sphère sociale : c’est le risque d’exposition trop rapide.
Le désir de travail est présent, mais l’espace de protection est mince voire inexistant pour les personnes qui reviennent dans leur entreprise. Les espaces suivants nécessitent alors d’être traversés avec le management et les RH, ce qui n’est que très peu pratiqué dans les entreprises. Bien souvent malheureusement, ce qui arrive aux salariés épuisés n’est suivi d’aucun effet. Les entreprises françaises ne savent pas faire contrairement à leurs voisines européennes, japonaises ou canadiennes qui ont déjà mis en place une prévention tertiaire de réparation

À titre d’exemple, nos « Artistes… incompris » refuseront désormais d’être définis par la sphère professionnelle à laquelle ils appartenaient et la finalité économique n’a désormais plus l’importance qu’elle avait à leurs yeux avant le burn-out. Nos « Ambitieux… désenchantés » ont abandonné une partie de leurs responsabilités professionnelles au profit d’une revalorisation de leurs enjeux identitaires personnels. Le travail n’est plus le lieu principal de construction identitaire, il reste important à leurs yeux mais contribue juste à l’équilibre identitaire. En ce qui concerne nos « Funambules en équilibre » , leur centralité du travail reste forte aussi bien d’un point du vue économique qu’expérientiel.

FOCUS SUR LA MÉTHODE RPBO

Faire son chemin de résilience et se repérer sur la matrice RPBO
En effet, le burn-out, bien moins médiatisé il y a 5 ans pouvait passer inaperçu ou rester enlisé dans l’impensé du psychisme de la victime elle-même en mode « déni » ou « chagrin d’honneur » . Aujourd’hui la peur du diagnostic s’enlise dans celle de la dépression que le stress chronique, les troubles anxieux et l’épuisement peuvent précipiter. . Ce trouble professionnel, devient un trouble d’ordre social et met la personne en risque d’anomie et d’acédie. Dans ce cas, les études médicales sur la santé mentale sont formelles, le risque dépressif augmente si la personne ne met pas en oeuvre de nouveaux comportements ou cognitions dans son travail .

C’est bien la chronicité du stress, le manque de récupération et les troubles cognitifs (ruminations mentales, scénario catastrophes et tachypsychies) qui usent l’organisme et mettent en péril par ricochet toutes formes d’interactions sociales (y compris professionnelles). .
Que se passe-t-il donc dans la tête de toutes ces victimes qui disent ressentir un malaise émotionnel, se sentir en danger dès que l’on évoque les mots « retour en entreprise », « projet professionnel », « CV », « entretien » ou d’autres personnes n’y verraient que « challenge ou défipersonnel », « enthousiasme », « motivation » et « dépassement de soi » ? Il y a les vivants, les inconscients et… les survivants.
Le « global burn-out » dont les médias raffolent discrédite la dure réalité vécue par trop de victimes qui souffrent au singulier dans le silence et l’intimité de leur chagrin d’honneur, sans compter les dégâts collatéraux liés à leur impuissance, parfois le déni ou l’incompréhension de ceux qui les accompagnent (famille, parents, amis…). L’effet de surmédiatisation, d’enquêtes alarmantes a accentué la puissance du doute, de la défiance, de la peur face à la dépression.
Trop d’informations et de mauvaises qualités font que tout un chacun clame haut et fort à qui veut l’entendre qu’il est bien en risque psychosocial (sa nouvelle identité !), parce qu’il subit trop de pression, qu’il se sent irrité, fatigué et qu’il dort mal : il ne se passe plus une réunion, un dîner, une rencontre sans qu’un convive expose « son » risque de burn-out quasiment religieusement et presque fièrement ! Rappelons juste que la fatigue, les émotions négatives et autres tracas du quotidien font aussi partie de la vie et que le stress a aussi permis à l’espèce humaine, animale et végétale de survivre

CE QU’ILS DISENT DE VOUS

Qui dit urgence, ne dit pas forcément soin… Il y a plusieurs écoles et les réflexions sur votre diagnostic fleurissent dans les esprits des professionnels : Il faut « Protéger », « Examiner », « Alerter », « Secourir » diront les sauveteurs secouristes du Travail.
Il faut « Arrêter le travail », « Prolonger l’arrêt », « Surveiller », « Vérifier le symptôme » pour les médecins. Il faut « Éloigner », « Sortir de l’entreprise », diront les psy. Il faut « Dénoncer », « Monter au créneau », diront les syndicats. Il faut « Proposer des relais », « Orienter au mieux » diront les spécialistes en RH et les consultants. Et vous ? Vous voulez quoi ?
Conclusion :À l’aube d’une nouvelle vie professionnelle « Toutes les fleurs de l’avenir sont dans les semences d’aujourd’hui. » Proverbe chinois
Cette conclusion, nous pourrions l’appeler « introduction », car rien ne sera plus comme avant pour vous, vous le sentez ou le pressentez : « plus jamais ça » m’ont confié certains d’entre vous. Les chapitres suivants restent donc à écrire, mais ce sont les vôtres. Je vous rends hommage à vous toutes et tous qui avez su braver les tempêtes, la tête haute, soutenus par vos valeurs et votre sens du travail bien fait, grâce auxquels vous aurez tenu le choc. Je pense aussi à ceux qui malheureusement ne s’en sont pas remis et n’auront pas eu la chance de se reconstruire.
Vous avez juste mené à bien vos étapes de récupération imposées par votre programme sportif de champion. Dire non, c’est aussi se faire respecter vous diront les coachs et les thérapeutes. Réfléchissez avant de donner votre réponse sur un nouveau projet. Pensez toujours au principe de réalité, à votre équation du bonheur : est-ce que cela vous convient ? En quoi est-ce en accord avec votre « écologie personnelle » ? Tout n’est qu’équilibre et vous pouvez toujours dire « oui » à la vie professionnelle.

Mesdames et Messieurs des Directions des Ressources Humaines « L’avenir est un lieu commode pour y mettre les songes. » Anatole France

LE CONTEXTE D’ENTREPRISE (réorganisation, équipe, conditions de travail) et le contexte personnel (forme d’emploi choisie, soutien du conjoint, distance géographique, transports…) dans lesquels les personnes victimes d’un burn-out reviennent sont essentiels et participent à la consolidation de leur nouvelle identité. Cette consolidation doit être accompagnée en entreprise. Si le rôle et la place du travail dans la vie de l’individu participent bien à sa dynamique de reconstruction, qu’en est-il dans la durée ? Si l’individu parvient à se reconstruire à l’extérieur de l’entreprise, celle-ci s’interroge-t-elle quant à elle sur l’impact organisationnel, managérial qui aurait pu être la cause de son burn-out ? L’organisation est-elle capable de se remettre en cause et s’interroger sur la façon dont elle peut réintégrer au mieux ses salariés épuisés ? Quid de sa gestion des ressources de l’humain et de son capital social et de sa réserve de compétences ?
ON PEUT RÉPARER AUSSI PAR LE TRAVAIL !

Si cet article vous a aidé, n’hésitez pas à commenter et à partager. merci

Partagez l'article
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
    737
    Partages
  • 737
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *